Décédé le 10 mars 2021 en Allemagne des suites d’un cancer du foie, Hamed Bakayoko, héros d’essence populaire a marqué sa génération par ses œuvres tant sur le plan politique que culturel à travers son indéfectible soutien aux artistes africains.
Figure majeure du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), « Ham Bak », comme l’appelaient affectueusement les Ivoiriens, est nommé Premier Ministre en remplacement d’Amadou Gon Coulibaly, décédé le 8 juillet 2020. Lieutenant fidèle d’Alassane OUATTARA, il avait aussi soutenu le chef de l’État dans sa décision de briguer un troisième mandat lors de l’élection présidentielle d’octobre 2020. Il cumulait avant sa mort le poste électif de maire de la commune populaire d’Abobo, ministre des Télécommunications et des Nouvelles technologies de l`Information et de la Communication (NTIC) en mars 2003. Il a par la suite été ministre d`Etat, Ministre de l`Intérieur et de la sécurité en 2011 avant sa nomination en juillet 2017 à la tête du ministère de la Défense, puis cumulativement au poste de Premier en 2020, une année seulement avant sa mort à ceux de Ministre de la Défense et Premier Ministre, preuve de l’estime et de la confiance que lui témoignait le Président OUATTARA.
HAMBAK : UN MODEL POUR LA JEUNESSE
Plusieurs témoignages et hommages reconnaissent à Hamed Bakayoko une proximité avec le peuple. Selon l’un d’eux, HamBak était l’un des rares hommes politiques ivoiriens à pouvoir circuler à Yopougon, Adjamé et Abobo sans garde du corps. Il n’a jamais oublié ses origines modestes.
« C’est un leader de la jeunesse qui part. Chaque jeune se reconnaissait en lui vu son parcours. Il nous a dit d’être entreprenant et d’avoir l’esprit de créativité. Il est l’exemple même de quelqu’un qui n’est parti de rien et qui est arrivé au sommet. Il arrivait à utiliser le langage des jeunes. En tant que ministre, il utilisait notre manière de parler pour s’adresser à nous », témoigne un jeune, frange de la population dont il était le plus proche. Il se veut en effet non seulement proche des préoccupations populaires nationales, mais aussi défenseur des cultures africaines.
Un mécène de la musique africaine
De Almighty à Koffi Olomidé en passant par Fally Ipupa, Ferré Gola, Dj Arafat, A’salfo (Salif Traoré) du groupe Magic System, Tiken Jah Fakoly et beaucoup d’autres artistes, Hamed Bakayoko a contribué de manière significative au rayonnement de la culture musicale africaine. Au-delà de son goût pour les rythmes ivoiriens, Hambak était également connu pour être un adepte du Ndombolo, de la Rumba ou encore du Makossa…….
« Pour la confection du premier album de rap du groupe Kid Death T, dont nous étions membres, Dider Fresh et moi, Hamed Bakayoko a veillé avec nous en studio tous les jours qu’a duré l’enregistrement », raconte le rappeur Almighty quelques jours avant sa mort. Le dévouement dont il a fait preuve envers la culture l’a poussé à soutenir moralement et surtout financièrement un grand nombre d’artistes. On ne peut citer avec exactitude le nombre d’artistes qu’il a aidé en tant que producteur ou mécène et protecteur.
Victime de ses ambitions présidentielles ?
Nombreux sont ceux qui ont prêté à HamBak l’intention de succéder au chef de l’État, particulièrement après le décès de l’ancien Premier Ministre Gon Coulibaly. Dauphin du président Ouattara, ou il apparaissait dès lors comme l’un des plus sérieux candidats à la succession de ce dernier. C’est ce qui lui a valu l’hostilité d’une partie du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Pour certains en effet, il serait parvenu à cette position à coups d’intrigues et de manipulations. Une grande mobilisation s’était formée autour de lui, allant des généraux de l’armée et autres forces de sécurité à des membres influents de l’entourage du président Ouattara. Une ambition soudainement brisée, que certains associent aux conséquences pour le jeune homme politique, d’avoir trop contemplé le siège suprême. Cette hypothèse qui a entrainé de nombreuses spéculations sur sa mort, dont l’une des causes serait l’empoisonnement, n’a pas été confirmée.
Ham Bak victime de son hubris ? Néanmoins l’ancien premier ministre en dépit d’un parcours vertigineux aura explosé en plein vol.
Quel héritage pour les Ivoiriens et la jeunesse Africaine ?
Plusieurs leçons sont à tirer de la vie d’Ham Bak. La plus connu étant l’humilité dont il a fait preuve tout au long de son parcours qui lui a valu la sympathie de ses concitoyens. Parti de rien, de vendeur de journaux à l’une des positions les plus convoitée du pays, celui qui a quelque peu forcé son destin, comme on le dit trivialement à Abidjan, est toujours resté ouvert, disponible et accessible.
« Hamed Bakayoko n’est pas mort, il est un immortel. Parce que les valeurs qu’il a incarnées restent à jamais dans nos cœurs comme un testament, un héritage politique à garder et à promouvoir », témoignait le ministre Kobenan Kouassi Adjoumani, porte-parole du parti par ailleurs figure montante dans le landerneau politique. Un immense héritage perpétué par d’autres jeunes qu’il a inspirés, notamment le jeune Touré Mamadou, ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l’Insertion Professionnelle et du Service Civiques, qui est vu comme le nouvel Ham-Bak, un défi de taille.

