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Cameroun : un budget titanesque de 8 816 milliards FCFA, entre ambitions de croissance et pression de l’endettement

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Avec un budget estimé à 8 816 milliards de FCFA, le Cameroun affiche pour l’exercice 2026 l’un des cadres budgétaires les plus ambitieux de son histoire récente. Présenté par les autorités comme un levier stratégique de relance et de transformation économique, ce budget vise une croissance de 4,3 %, dans un contexte pourtant marqué par un endettement public élevé, des contraintes budgétaires persistantes et une demande sociale de plus en plus pressante.

Ce budget traduit avant tout une volonté politique : celle de soutenir l’activité économique et d’accélérer les grands projets structurants. Les investissements publics occupent une place centrale, notamment dans les infrastructures routières, énergétiques et portuaires, considérées comme des moteurs essentiels de la compétitivité nationale. Le gouvernement entend également renforcer les dépenses sociales, en particulier dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la formation professionnelle, afin de répondre aux attentes d’une population majoritairement jeune.

Cependant, derrière l’ampleur des chiffres se cache une équation budgétaire délicate. La dette publique camerounaise atteint des niveaux préoccupants, limitant les marges de manœuvre de l’État. Le service de la dette absorbe une part croissante des ressources budgétaires, réduisant la capacité à financer les politiques publiques sans recourir à de nouveaux emprunts. Dans ce contexte, la soutenabilité budgétaire devient un enjeu central, scruté à la fois par les institutions financières internationales et par les marchés.

La stratégie gouvernementale repose en grande partie sur l’amélioration de la mobilisation des recettes internes. La modernisation de l’administration fiscale, la lutte contre la fraude et l’élargissement de l’assiette fiscale sont présentées comme des priorités. Les autorités misent également sur une meilleure performance des entreprises publiques et sur la valorisation des partenariats public-privé pour alléger la charge financière de l’État. Toutefois, ces réformes nécessitent du temps et une gouvernance rigoureuse pour produire des résultats durables.

Sur le plan macroéconomique, l’objectif de croissance de 4,3 % reste ambitieux dans un environnement international incertain. Les fluctuations des prix des matières premières, la volatilité des marchés financiers et les tensions géopolitiques constituent autant de risques susceptibles d’affecter les prévisions. À cela s’ajoutent des défis structurels internes, tels que le coût élevé de l’énergie, la faiblesse de la productivité et les lourdeurs administratives, qui freinent encore l’investissement privé.

La question sociale demeure au cœur des débats. Inflation, pouvoir d’achat et chômage continuent de peser sur le quotidien des ménages. Si le budget 2026 se veut volontariste, sa crédibilité sera jugée à l’aune de son impact réel sur les conditions de vie des populations. La capacité de l’État à transformer les allocations budgétaires en services publics efficaces et accessibles constitue un test majeur pour l’exécutif.

Enfin, ce budget s’inscrit dans une logique de transition économique. Le Cameroun ambitionne de réduire progressivement sa dépendance aux importations, de promouvoir la transformation locale et de renforcer son tissu industriel. Ces orientations, si elles sont mises en œuvre avec cohérence, pourraient contribuer à une croissance plus inclusive et plus résiliente. Mais elles exigent une coordination étroite entre politiques budgétaires, réformes structurelles et gouvernance économique.

Entre volontarisme affiché et contraintes réelles, le budget 2026 du Cameroun apparaît ainsi comme un exercice d’équilibriste. Plus qu’un simple document financier, il incarne une promesse politique : celle de concilier ambition de développement et discipline budgétaire. Sa réussite dépendra moins de son ampleur que de sa capacité à produire des résultats tangibles, dans un pays où l’exigence de performance publique n’a jamais été aussi forte.

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