Réélu à la magistrature suprême, Paul Biya entame un nouveau chapitre politique dans un Cameroun confronté à des défis structurels profonds et à des attentes sociales de plus en plus pressantes. Dans son adresse à la Nation à l’occasion des vœux de nouvel an 2026, le chef de l’État a livré un discours dense, à la fois programmatique et symbolique, destiné à fixer le cap d’un mandat présenté comme décisif pour l’avenir du pays.
Dans une Afrique centrale en recomposition politique, le Cameroun apparaît comme un pôle de stabilité relative, mais aussi comme un pays à la croisée des chemins. Le président Biya a placé l’unité nationale au cœur de son message, la qualifiant de « condition sine qua non » de tout projet de développement. Cette insistance n’est pas anodine. Le pays continue de faire face à des tensions sécuritaires dans certaines régions, à des revendications sociales récurrentes et à une fragmentation du débat public amplifiée par les réseaux sociaux. À travers cet appel à la cohésion, le pouvoir entend contenir les risques de polarisation et préserver un socle institutionnel jugé indispensable.
Sur le terrain économique, le discours présidentiel traduit une volonté affichée de rupture partielle avec les approches passées, sans renier pour autant la logique de continuité. Le Cameroun aborde l’année 2026 avec un budget qualifié de « titanesque », mais grevé par un endettement record et des marges de manœuvre financières réduites. Paul Biya a ainsi reconnu la nécessité d’une relance fondée sur la productivité, la transformation locale des matières premières et l’industrialisation progressive du pays. L’agriculture, l’énergie, les infrastructures portuaires et routières, ainsi que l’économie numérique ont été identifiées comme des leviers stratégiques, capables de soutenir une croissance plus inclusive.
La question de l’emploi, en particulier celui des jeunes, occupe une place centrale dans cette équation. Avec une population majoritairement jeune et urbaine, le Cameroun fait face à un défi démographique majeur. Le président a évoqué la création d’un environnement favorable à l’entrepreneuriat, au développement des PME et à l’innovation, tout en appelant à une meilleure adéquation entre formation et besoins du marché du travail. Pour beaucoup d’observateurs, ces annonces devront être suivies d’effets concrets, tant le décalage entre discours officiels et réalités sociales nourrit une forme de scepticisme au sein de l’opinion.
Au-delà de l’économie, la gouvernance s’impose comme l’un des chantiers les plus sensibles du nouveau mandat. Paul Biya a insisté sur la rigueur budgétaire, la transparence dans la gestion des finances publiques et le renforcement des mécanismes de contrôle. La lutte contre la corruption, régulièrement brandie comme une priorité, demeure un test de crédibilité pour l’exécutif. Dans un contexte où les partenaires techniques et financiers scrutent de près la qualité de la gestion publique, l’efficacité de l’administration et la stabilité du cadre réglementaire deviennent des enjeux déterminants.
Sur le plan institutionnel et diplomatique, le Cameroun entend consolider son rôle de puissance d’équilibre en Afrique centrale. Pays charnière, à la fois francophone et anglophone, doté d’une façade maritime stratégique, il aspire à renforcer son attractivité économique et à capter davantage d’investissements directs étrangers. Le discours présidentiel a d’ailleurs mis en avant la nécessité de préserver un climat politique apaisé, condition essentielle pour rassurer les investisseurs et soutenir les grands projets structurants en cours, notamment dans les domaines portuaire, énergétique et industriel.
Cependant, l’année 2026 apparaît comme une année de vérité. Les attentes populaires sont fortes, la tolérance sociale à l’égard des retards et des dysfonctionnements s’amenuise, et la pression médiatique s’intensifie. Les réseaux sociaux, devenus un espace central de débat et de contestation, obligent désormais le pouvoir à une communication plus réactive et plus transparente. Dans ce contexte, la capacité du gouvernement à traduire les orientations présidentielles en politiques publiques lisibles et efficaces sera scrutée avec attention.
Entre affirmation de l’autorité de l’État, impératif de réformes et exigence de résultats tangibles, le nouveau mandat de Paul Biya s’ouvre donc sur une équation complexe. Plus qu’un simple prolongement politique, il s’agit d’un moment charnière où la promesse de stabilité devra s’accompagner d’une transformation économique et sociale perceptible. Pour le Cameroun, comme pour l’Afrique centrale, l’enjeu dépasse le cadre national : il s’agit de démontrer que la longévité politique peut rimer avec performance, adaptation et projection stratégique dans un monde en mutation.

