Le règne du nouveau monarque britannique aussi bref sera-t-il en comparaison du dernier, sera décisif et impactant pour l’avenir.
Le Roi Charles III accède au trône le 08 septembre dernier après la mort de sa mère la reine Elisabeth II âgée de 96 ans, dont le règne fut aussi long qu’emblématique. Les regards sont désormais tournés vers le nouveau roi qui devra faire face à un premier défi : faire mieux que son prédécesseur.
C’est en 1952 que la défunte reine succède à son père le roi Georges VI après qu’il eut succombé à un cancer du poumon dans l’Est du pays, alors qu’elle était en voyage en Afrique. Soixante-dix ans plus tard, c’est au tour de son fils, le roi Charles III, de prendre la succession malgré son âge avancé. Le souverain de 73 ans sera officiellement couronné le 06 mai 2023 à l’abbaye de Westminster à Londres, où il sera « oint et consacré » par le chef spirituel de l’Eglise anglicane. Une accession au trône qui préfigure des changements majeurs, tant au niveau du style que des idées.
Deux styles complètement différents
Les anglais ont été habitués pendant 70 ans de règne au style très particulier de leur reine. Elle s’est distinguée par sa classe naturelle et ses tenues, souvent très colorées. Monarque et icône de la mode selon certains, les couleurs des tenues d’Elisabeth II n’étaient jamais choisie au hasard. « Je choisis principalement des couleurs fortes pour que la reine soit facilement visible de loin », explique dans son livre Angela Kelly, styliste de la reine jusqu’à son décès. « (…) la reine est consciente que les voyagent de loin, dans l’espoir de l’apercevoir et qu’il est important que les jeunes et les vieux puissent la voir clairement », ajoute-t-elle. Le choix des couleurs que portait reine correspondait aussi à un message politique adressé par la reine au monde. Celle qui se gardait de toute intervention politique, préférait s’exprimer par symbole, comme lors de ses visites au Canada, où elle arborait une robe rouge surmontée d’un chapeau blanc, en hommage aux couleurs du drapeau du pays ; ou encore comme lors de sa visite en 2011 en Irlande, un pays avec lequel son royaume a une lourde histoire, où elle avait décidé de porter du vert.
Avec un style un peu plus sobre que sa défunte mère, le roi Charles III est vu comme le représentant royal de la mode britannique. Elu en 2009 « l’homme le mieux habillé du monde » par le magazine Equire, le nouveau s’occupe soigneusement de son apparence, cultivant l’élégance britannique avec des tissus anglais « ce qui est fantastique avec Charles, c’est qu’il ne suit jamais les tendances, mais parvient toujours à être sophistiqué », soutenait le styliste Jeremy Hackett au magasine Esquire cette année. Soucieux de la préservation de la planète, il met un point d’honneur à recycler ses costumes et ainsi éviter le gaspillage qu’il « déteste », peut-être le signe d’un règne tout aussi particulier que celui de son prédécesseur.
Un règne de transition
« Ce sera un règne de transition, ce qui place l’attention sur le futur règne de William », a estimé l’historien Philippe Chassaigne au lendemain de la mort de la reine Elisabeth II. Une transition qui revêt un caractère complexe au regard du contexte radicalement différent prévaut. « C’est une transition fort utile pour asseoir le trône de William, en le débarrassant des oripeaux du passé, des choses un peu trop encombrantes, inhérentes à la tradition. », explique Stéphane Bern, spécialiste des royautés. « Il ne faut pas oublier qu’une bonne tradition est une tradition qui évolue », ajoute-t-il.
La plupart des britanniques n’a connu que la reine Elisabeth comme monarque et sa popularité est restée très forte avec le temps. Le règne de Charles III fait entrer la famille royale dans une nouvelle ère, dont l’histoire récente a été marqué par de nombreux scandales. L’ancien prince de Galles sait que la monarchie doit aller vers plus de modernité, et a à cet effet prévenu que son couronnement serait beaucoup plus simple, et qu’il compte « réduire la monarchie à sa plus simple expression » (Charles, Camilla, William et son épouse Kate et leurs 3 enfants) poussant les branches collatérales à travailler pour vivre. Il s’agit pour le nouveau souverain d’aller vers plus de transparence afin de moderniser les finances royales.
Si une règle constitutionnelle au Royaume-Uni fait du monarque un eunuque politique, Charles III a averti qu’il refuserait d’être sourd aveugle et muet, et qu’il continuerait à interférer. Il a prévenu il ne sera pas « défenseur de la foi » comme le voudrais sa position de chef de fait de l’Eglise anglicane mais défenseur « des fois », ayant lui-même travaillé pour le dialogue interreligieux. En tant que prince, le roi actuel ne cachait déjà pas ses positions et engagements politiques, notamment en ce qui concerne l’écologie (réchauffement climatique, déforestation, biodiversité, etc.). Même si depuis qu’il est roi il n’a tenu aucun discours en ce sens, ce passé engagé préfigure un règne plus impliqué politiquement contrairement au dernier. Malgré les doutes qui subsistent quant son règne, Charles III, moins aimé que sa mère, pourrait finalement être l’homme de la situation, chaque roi habitant son rôle à sa façon à l’aune des enjeux.
Quel avenir pour le Commonwealth ?
L’une des inquiétudes est ce qu’il adviendra de l’organisation après le départ de celle qui l’a étendue et consolidée durant des années. Figure emblématique du Commonwealth, Elisabeth II a permis à l’organisation de grandir de façon considérable. Elle s’est donnée comme mission d’utiliser toute la puissance du symbole de la royauté, pour préserver les liens économiques et politiques entre le Royaume Uni et ses anciennes colonies. Dans les années 60, elle avait déployé de vastes campagnes ou opérations charmes, afin de convaincre les nations nouvellement indépendantes de se joindre au Commonwealth. De 7 pays qu’elle comptait en 1953, l’organisation rallie aujourd’hui 56 Etats membres. Le Commonwealth est composé de 15 pays dont le Canada, placés sous la régence du monarque britannique. Le changement de ce dernier peut mener à quelques mouvements au sein de ces pays, qui pourraient s’interroger sur le bien-fondé de continuer à faire partie de l’organisation alors la reine iconique n’est plus. « La prochaine succession sera hautement importante parce que chaque Etat aura à se remettre en question. Ça posera inévitablement la question : on arrête ou on continue ? », Estime Patrick TAILLON, professeur de Droit Constitutionnel à l’Université de Laval. Aujourd’hui, de tous les pays du Commonwealth, Charles III n’est reconnu comme monarque officiel que dans 15 monarchies parlementaires, dont évidemment le Royaume Uni. Mais cette situation pourrait changer car des pays ont déjà lancé des procédures pour se défaire comme ce qu’ils considèrent comme une relique de la colonisation britannique. C’est le cas par exemple de l’Australie, ou encore de la Jamaïque qui aimerait passer de la monarchie constitutionnelle actuelle à un régime républicain.

